D’abord il y a l’attente. Une file d’attente dont on ne perçoit le bout, s’incurvant vers l’entrée, là-bas sous la devanture du club. Par le soupirail, on entend filtrer les battements sourds de la fête plus bas. Le physio ensuite et son pouvoir de vie ou de mort pour la suite de la nuit. En fonction du lieu, baskets blanches ou Doc deviennent laisser passer ou stigmate.”
Arnaud Idelon, Boum Boum, politiques du dancefloor
Personæ Non Gratæ (titre provisoire) est un spectacle de rue immersif de 30 minutes, porté par un acteur et une actrice incarnant un duo de videurs ou videuses de boîte de nuit. L’espace scénique est minimaliste mais immédiatement évocateur : quelques poteaux de guidage à sangles, une entrée délimitée par un rideau ou une porte derrière laquelle il n’y a absolument rien.
La représentation commence simplement : Les agents ou agentes accueillent les spectateur·ices, les positionnent dans la file et instaurent un cadre relationnel clair dès les premières minutes. Ils multiplient les interactions, les vérifications absurdes, les changements de règles. Iels font croire qu'on laisse croire que “ça va bientôt ouvrir”, que “le prochain, c’est vous”, tout en relançant le jeu de manière inattendue. La file se transforme en un ballet absurde, presque chorégraphique.
Les spectateur.ices deviennent, sans s’en rendre compte, les protagonistes de la scène en se retrouvant pris dans une véritable file d’attente vivante, créée et orchestrée par les deux personnages.
Le spectacle détourne avec humour et complicité l’un des lieux les plus codifiés de la vie nocturne : la file d’attente devant une boîte de nuit.
Les comédien.nes utilisent les codes familiers de leur rôle (contrôle d’identité imaginaire, remarques professionnelles, absurdes ou contradictoires, sélectivité injustifiée, humour à froid, autorité exagérée, …) tout en réorganisant constamment l’espace (déplacements soudains des poteaux et des sangles, changement de sens de la file, création d’un “couloir VIP” inutile, …)
Le spectacle joue sur le rythme, la proximité et l’effet de surprise désamorcé.
Le spectacle questionne notre rapport à l’attente, le conditionnement collectif (si une file existe, on y rentre), l’envie de faire partie de ce qui semble exclusif. En faisant participer le public, P.N.G. crée un moment de partage, un jeu complice qui transforme un espace urbain banal en un lieu d’imaginaire et de comédie.